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Affaire Jubillar : L'interview qui va briser toutes vos certitudes

Affaire Jubillar : L'interview qui va briser toutes vos certitudes

La semaine dernière, nous avions listé tous les ratés de l’enquête dans la disparition de Delphine Jubillar. Mais, en dépit de ces erreurs, il semblait que l’accusation avait encore quelques « billes » en réserve. Mais en a-t-elle vraiment ? Un conseil, attachez vos ceintures… Me Jean-Baptiste Alary, l’avocat historique de Cédric Jubillar, démolit point par point les derniers éléments du dossier. Un véritable jeu de massacre.

LND : Quand avez-vous rencontré Cédric Jubillar pour la première fois ?

Me Alary : C’était le 26 décembre 2020, dix jours après la disparition de sa femme. Je l’ai reçu en urgence. Il avait besoin de conseils, il était dépassé par toute cette tempête médiatique autour de lui. Car on va arrêter de se mentir : il a été désigné comme coupable dès le premier jour. Y compris dans l’esprit des gendarmes.

Vous dites que les gendarmes l’ont soupçonné dès le début ? Qu’en savez-vous ?

Je pratique la justice au quotidien et je peux vous dire que les enquêteurs se forgent très vite une intime conviction. Quand il s’agit de la disparition d’une femme, ils savent que, statistiquement, il y a 80 % de chances pour que le coupable soit le mari. A l’époque, Jonathann Daval venait tout juste d’être condamné aux assises. Lui qui avait raconté que sa femme avait disparu lors d’un jogging… Pour les gendarmes, Cédric Jubillar était un nouveau Daval.

Donnez-moi des faits précis qui prouvent votre théorie.

Cette nuit-là, les premiers gendarmes se rendent au domicile du couple Jubillar pour une « simple » disparition inquiétante. Ils arrivent à 4 h 50 du matin. Et dès 11 heures, des techniciens en investigation criminelle envahissent la maison. A 13 h 50, première perquisition. Dans l’après-midi, Cédric Jubillar est examiné par un légiste qui recherche sur son corps d’éventuelles traces de griffures. On lui fait des prélèvements sur le sexe et les ongles. Tout ça pour une simple disparition inquiétante ?

Mais peut-être avaient-ils raison de suspecter Cédric dès le départ ! Difficile de croire que cette femme soit sortie toute seule en pleine nuit, alors qu’elle avait peur du noir…

Sauf que Delphine avait déjà quitté le domicile de nuit à plusieurs reprises ! Y compris la semaine précédente, pour rejoindre son amant ! Cédric n’en savait rien, il dormait. Tout ça est dans le dossier. Donc, au passage, cette théorie de la « peur du noir », excusez-moi de l’expression dans une affaire aussi tragique, mais c’est à mourir de rire…

Admettons. Cette nuit-là, encore une fois, Delphine n’est plus dans la maison. Pourquoi Cédric appelle-t-il les gendarmes aussi vite ? Pourquoi cette précipitation ?

Mais quelle précipitation ? Ça me rend malade, ça ! Cédric se réveille vers 3 h 45. Il cherche Delphine dans la maison, l’appelle 189 fois sur son portable et envoie des messages à ses amies. Ce n’est qu’ensuite qu’il contacte la gendarmerie, à 4 h 09. On lui reproche de s’être manifesté trop tôt ? S’il l’avait fait trop tard, on le lui reprocherait aussi. On le suspecterait d’avoir pris le temps de tout nettoyer.

Vous dites qu’il cherche Delphine dans la maison. Comment le savez-vous ?

Grâce au podomètre de son téléphone portable. L’application permet de déterminer le nombre de pas qu’il a effectués entre 3 h 53, le moment où il allume son portable, et 4 h 50, l’arrivée des premiers gendarmes. On dénombre ainsi 260 pas, soit environ 250 mètres. La maison des Jubillar fait 10 mètres de long, ça veut donc dire qu’il a parcouru l’équivalent de vingt-cinq fois sa maison ! Ça ne s’appelle pas chercher, ça ? Dire le contraire, c’est honteux !

Pourquoi Cédric place-t-il des vêtements dans la machine à laver avant que les gendarmes n’arrivent ?

On sait qu’il y avait souvent du linge par terre dans la maison. Peut-être qu’il a essayé de faire bonne figure en se disant : « merde, c’est le bordel chez moi ». Voilà tout.

Mais pourquoi, le surlendemain, lave-t-il la couette du canapé où dormait Delphine ?

Il s’en est expliqué. Les chiens avaient sauté sur le canapé et tout sali avec leurs pattes. Cédric les a engueulés. A cause de la trouille, un des chiens a lâché quelques gouttes d’urine sur la couette. Et cette couette, son fils Louis avait l’habitude de s’y blottir. Donc il l’a lavée. Je note que des analyses ont été annoncées en juin dernier et que nous n’avons aucune nouvelle. A se demander si la couette n’a pas été perdue !

Affaire Jubillar : L'interview qui va briser toutes vos certitudes

Autre élément : la Peugeot 207 de Delphine. Elle n’est pas garée dans le sens habituel lorsque les gendarmes arrivent devant la maison…

Un seul témoin dit ça, avec des propos qui varient au cours de ses cinq auditions. Il faut préciser que la rue est à double sens. En fait, quand Delphine rentrait de son travail à la clinique d’Albi, elle garait sa voiture avec la portière passager côté maison. Mais quand elle revenait de l’école de son fils, elle se rangeait comme les gendarmes l’ont retrouvée : dans l’autre sens. Justement, l’après-midi qui précède sa disparition, Delphine est en congés et des témoins l’ont vue revenir de l’école au volant de sa Peugeot. Celle-ci était donc garée normalement.

Mais il y a de la buée à l’intérieur des vitres, suggérant une présence humaine récente.

C’est vous qui le dites. Il faisait 3 °C cette nuit-là et le taux d’humidité avoisinait les 98 %. Comme une des vitres était entrouverte, il y avait un peu de rosée à l’intérieur. C’est aussi simple que ça.

Existe-t-il d’autres indices matériels qui désigneraient Cédric ?

Aucun. Pas de traces de lutte, de sang ou d’un quelconque nettoyage.

Venons-en alors aux témoignages. Deux voisines disent avoir entendu des cris dans la nuit.

Ces deux voisines, en fait une mère et sa fille, habitent à 134 mètres à vol d’oiseau de la maison des Jubillar. C’est assez loin. Et elles sont incapables de dire d’où venaient ces cris. Surtout, l’horaire indiqué ne colle pas. Elles regardaient ce soir-là le film Retour vers le futur à la télé. Elles disent avoir entendu ces hurlements au moment où le personnage principal, Marty McFly, joue de la guitare électrique devant son lycée. D’après TF1, cette scène a été diffusée entre 22 h 52 et 22 h 55. Or, à cette heure-là, Delphine était sur son canapé, avec son fils Louis, en train de regarder « La France a un incroyable talent » ! Ça ne tient pas.

Et le petit Louis Jubillar, justement ? Lui aussi a entendu des cris.

La première fois qu’il est auditionné, le 16 décembre 2020, à 16 h 10, il déclare pourtant que la soirée s’est déroulée normalement et que « papa et maman ne se sont pas disputés » ! Ce n’est qu’un mois plus tard qu’il raconte qu’il y a eu une dispute et qu’il a entendu son père dire : « Puisque c’est comme ça, on va se séparer ». Or la rupture était déjà actée depuis longtemps. Je pense donc que Louis se trompe de soir.

Mais Louis dira aussi avoir assisté à une empoignade entre ses parents…

Seulement à sa troisième audition, presque un an plus tard ! Comment voulez-vous, dans ces conditions, qu’un enfant date précisément un événement ? Ce qu’il a vu a dû arriver, mais pas ce soir-là.

Vous bottez en touche parce que ce témoignage vous gêne…

Franchement, il faut arrêter ! Louis n’a que 7 ans, il est en CP ! On va le mettre au centre d’une enquête criminelle ? Le faire témoigner contre son père devant une cour d’assises ? Moi, je refuse de participer à ça. Laissons cet enfant tranquille, protégeons-le. D’ailleurs, alors que la loi l’exige, il semble que l’on n’ait pas filmé cette audition. Nous allons sans doute demander à la faire annuler. Et pas de gaîté de cœur.

Reste que Cédric Jubillar avait dit un jour à propos de Delphine : « Je vais la tuer, l’enterrer, personne ne la retrouvera » !

Il a prononcé cette phrase un jour de colère, plusieurs semaines avant les faits. C’est conforme à sa personnalité : provocateur, parfois excessif en paroles…

En gros, rien ne justifie la mise en examen de Cédric Jubillar ?

Non, le dossier est vide ! Il n’y a pas de corps, pas de scène de crime, pas de preuve. Rien que l’intime conviction des gendarmes, cette conviction qui est l’antichambre de toutes les erreurs judiciaires. Pensez à Patrick Dils, à Jacques Viguier…

D’autres pistes auraient donc été négligées ?

Oui. Delphine a très bien pu sortir volontairement de la maison. Les gendarmes n’ont fait aucune recherche là-dessus, mais on a un témoignage en ce sens. Cette nuit-là, à 6 heures, un chauffeur ambulancier a vu une femme en doudoune blanche marcher le long d’une route.

Sauf qu’a priori, le chien de la gendarmerie n’a jamais reniflé la piste de Delphine. S’il a marqué l’arrêt au niveau du panneau « stop » proche de la maison, c’est, dit-on, uniquement pour uriner…

C’est grotesque ! Vous vous rendez compte que l’on parle de la brigade cynophile ? Vous imaginez ces chiens faire pipi toutes les cinq minutes sur les lampadaires pendant leur travail ? Ce sont des conneries. Le chien a bien suivi la piste de Delphine et il l’a perdue à cet endroit-là.

L’odeur aurait pu remonter aux jours précédents. En fait, rien ne prouve qu’elle soit sortie de la ­maison…

Vous vous trompez. Il est établi que le soir de sa disparition, Delphine était en pyjama. Or, on re

trouve son pyjama dans le salon, laissé là avec une culotte, une sorte de soutien-gorge en dentelle et un emballage de collants ouvert. Cela signifie qu’elle a enfilé une autre tenue. Pourquoi se changer en pleine nuit, sinon pour sortir et aller à la rencontre de quelqu’un ?

Supposons qu’il s’agisse d’un crime. Existe-t-il d’autres suspects potentiels que Cédric ?

Un homme s’est accusé du meurtre dans des textos envoyés à son ex-compagne. Il a raconté qu’il avait inventé tout ça pour faire peur à son ex et les gendarmes s’en sont contentés. Ils n’ont pas perquisitionné sa maison ou son véhicule, ils ont juste regardé sa téléphonie. Et comme il ne bornait pas à Cagnac-les-Mines le soir des faits, ils en ont déduit que ce n’était pas lui ! Je trouve ça léger…

Parlez-moi du fameux « amant de Montauban » et de sa femme.

Cet homme donnait des cours de piano. Un jour, sa femme est rentrée à l’improviste et est tombée sur Delphine. Il a juré que celle-ci était une de ses élèves, alors qu’ils venaient sans doute d’avoir une relation intime dans le lit conjugal. Quand elle a appris la vérité, on comprend qu’elle s’est sentie trahie, humiliée.

On sait que Delphine et sa « rivale » se sont effectivement envoyé des textos le 15 décembre, quelques heures avant la disparition.

Exact. La femme écrit : « Ecoute, tant que je suis dans cette maison, tu arrêtes et tu nous laisses tranquilles ». Delphine lui répond : « Promis, je ne contacterai plus ton mari. Je vous respecte ». Or l’après-midi même, le pacte est piétiné. Delphine et son amant échangent des « Je t’aime », « J’ai envie de toi »… L’amant lui explique même qu’il a acheté du vin pour fêter leur future installation ensemble ! On imagine la colère noire de son épouse. Elle a très bien pu dire à son mari quelque chose comme : « Tu commences à me faire chier, on va la voir, l’autre, et on va s’expliquer ! »

Et elle serait venue se confronter à Delphine face à face, en pleine nuit ?

Cela expliquerait que Delphine sorte précipitamment au milieu de la nuit, vêtue seulement d’une doudoune, sans prendre son sac à main. Aussi, pourquoi les portables de l’amant et de sa femme sont-ils restés éteints toute la nuit ? Enfin, pourquoi cette femme a-t-elle effacé vingt-quatre textos échangés avec Delphine ce soir-là pour n’en conserver que trois ? Tout ça n’intéresse pas les gendarmes… C’est dommage parce que moi, ça m’intéresse beaucoup !

Donc pour vous, la « rivale » de Delphine est ­suspecte ?

Attention, je ne l’accuse pas. Je dis que s’il devait exister une personne, le soir du 15 décembre, qui pouvait en vouloir à Delphine, c’est bien elle ! Je ne dis pas non plus que les gendarmes n’ont rien fait. Mais je relève, outre les éléments que je viens de citer, que ce couple n’a même pas été placé en garde à vue. Et que le PV de perquisition de leur domicile, à Montauban, ne fait qu’une seule page !

Revenons à Cédric. On peut s’étonner qu’il se mette avec une nouvelle compagne, Séverine, cinq mois après la disparition de sa femme.

Mais c’est quoi le bon délai ? On cesse d’être un salaud à partir de quand ? C’est de la morale ça, c’est insupportable ! Est-ce qu’on parle de la rapidité avec laquelle Delphine s’est mise à fréquenter son amant ? Non ! Cédric a lui aussi trouvé un peu de compagnie, et c’est son droit le plus strict.

Séverine s’est d’ailleurs retrouvée au cœur d’une sacrée histoire… Un codétenu de Cédric Jubillar, Marco, l’aurait approchée dans le but, dit-il, de retrouver le corps de Delphine, enterré dans la ferme brûlée, et de le déplacer.

Cette histoire est une plaisanterie. A l’époque, la voiture de Cédric avait été discrètement balisée avec un traceur GPS et celui-ci n’a révélé aucun trajet vers cette ferme. Et je ne vois pas pourquoi, après avoir clamé son innocence durant dix mois, Cédric Jubillar se serait confié à un inconnu. Un homme qu’il n’a même pas vu de ses yeux, puisqu’ils étaient dans des cellules séparées, à l’isolement !

Qu’aurait gagné Marco à raconter tout ça ?

Sa remise en liberté peut-être ? Marco est fiché au grand banditisme, il a déjà passé vingt ans derrière les barreaux. Il a été interpellé en août au Portugal, sur mandat d’arrêt international. Or, quatre mois plus tard, juste après avoir « dénoncé » Cédric, le voilà libre ! Je ne suis pas paranoïaque, mais j’ai d’autres clients qui ont été interpellés sur mandat d’arrêt, et aucun n’est ressorti aussi vite de prison…

Etes-vous convaincu de l’innocence de Cédric Jubillar ?

Mon rôle n’est pas de préjuger de son innocence ou de sa culpabilité, mais d’examiner un dossier. De vérifier s’il existe des preuves qui justifient des poursuites, des placements en détention provisoire ou des condamnations. En somme, de déterminer si l’accusation a les moyens de ses prétentions. Ce n’est pas le cas ici pour mon client.

Donnez-nous de ses nouvelles.

Psychologiquement, c’est difficile. Il est enfermé vingt-deux heures sur vingt-quatre dans une cellule de 9 mètres carrés. Il ne voit personne à part les surveillants et ses avocats, au parloir. Il passe ses journées à attendre… Nous déposerons une demande de remise en liberté le 11 février prochain. Et nous la renouvellerons tant que nous ne l’aurons pas obtenue.

Propos recueillis par Mathieu Fourquet